mercredi 21 avril 2010
Quelques leçons tirées d'un volcan
La première leçon est d'humilité. Nous voilà remis à notre place. Nous ne sommes que ce que nous sommes. Des passagers sur la Terre qui n'en fait qu'à sa tête, et nous prive à sa guise de nos rêves d'altitude. L'événement a de quoi inspirer philosophes et poètes. La planète vient de nous offrir un grand coup de frein sorti des entrailles de la Terre et propagé jusque dans la stratosphère. Depuis cinq jours, l'humanité danse sur un volcan. Danse ralentie, dans le registre du slow. Une partie de l'humanité seulement : il est des millions de gens pour qui les vacances, et a fortiori les voyages en avion, restent aussi improbables que le réveil de l'Eyjafjöll sous le glacier Eyjafjallajökull, en Islande, pays plutôt méconnu.
Passé la surprise - que fait donc un volcan sous un glacier ? Que fait le chaud sous la protection du froid ? La nature a de drôles d'idées de cohabitation -, nous mesurons qui est le plus fort. Pas sur le mode tragique des tsunamis d'Asie ou des tremblements de terre d'Haïti, qui tuent par dizaines de milliers et laissent des paysages dévastés. Ni sur le mode comique, car on sait des voyageurs et des entreprises qui ne rient pas du tout de ce contretemps aussi coûteux que fâcheux.
Mais, comme l'observait dimanche Alain Finkielkraut dans le JDD, "l'homme n'est pas voué à ne rencontrer que lui-même : ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle". Nous aurons désormais en nous un peu d'Islande, et chacun se sera senti effleuré par le fameux effet "aile de papillon" décrit dans les traités de mondialisation.
Une autre leçon a trait à l'usage du temps. Lenteur ou vitesse ? L'heure est à la seconde. Tout va plus vite, l'information, la vie professionnelle, les loisirs, la lecture. Il ne vient plus à personne l'idée de prendre le temps, de prendre son temps, de réveiller sa "tortue intérieure".
Toute action moderne semble dépossédée du temps. Comme l'explique le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa dans son essai, qui paraît ces jours-ci en France, sur la société de l'accélération, les sphères politique, économique et même personnelle sont emportées par cette dictature de l'urgence qui nous fait réagir et non agir, nous agiter quand il faudrait se poser sinon se reposer.
C'est un enseignement pour ceux qui nous gouvernent : ce qui est fait contre le temps, le temps l'oubliera. Jamais mille précipitations n'ont fait une lenteur.
"Eric Fottorino" Le Monde
jeudi 8 avril 2010
Le marché pour Alfred Marshall
" Ainsi que le dit Cournot: "On sait que les économistes entendent par marché, non pas un lieu déterminé où se consomment les achats et les ventes, mais tout un territoire dont les parties sont unies par des rapports de libre commerce, en sorte que les prix s'y nivellent avec facilité e promptitude. (...) Ainsi, plus un marché approche de la perfection et plus forte est la tendance à payer les mêmes pris pour les mêmes marchandises en même temps pour tous les points du marché." "
Principles of Economics, p. 315.
" Nus ne devrions pas qualifier les forces qui ont créé la civilisation moderne d'un nom qui suggère le mal. Et c'est pourtant ce qui se asse pour le terme de "concurrence". (...). Dans un monde où tous les hommes seraient parfaitement vertueux, la concurrence serait inutile; mais ce serait également le cas pour la propriété privée et pour n'importe quelle forme de droit privé. Les hommes ne penseraient qu'à leurs tâches, et personne ne désirerait avoir une part plus importante de luxes de la vie que ses voisins. C'est l'Âge d'or auquel pensent les poètes et les rêveurs. (...) Mais dans la conduite raisonnable des affaires, ce serait folie que d"ignorer les imperfections qui restent encore attachées à la nature humaine. L'histoire , en général, et tout particulièrement l'histoire des aventures socialistes ( Charles Fourier, Robert Owen ), montre que les hommes ordinaires son rarement capables d'altruisme idéal quand ils sont ensemble longtemps, et que les seuls exceptions ne se trouvent que lorsque la ferveur dominatrice d'un petit groupe de fanatiques religieux fait que les conditions matérielles ne comptent pas par rapport à la foi suprême."
Principles of Economics, p. 48.
mercredi 13 janvier 2010
Mankiw et Krugman: Learning from Europe
Monday, January 11, 2010
Learning from Europe
Here is GDP per capita, adjusted for differences in price levels (PPP), from the IMF, for the United States and the five most populous countries in Western Europe:
United States 47,440
United Kingdom 36,358
Germany 35,539
France 34,205
Italy 30,631
Spain 30,589
Readers of today's column by Paul Krugman might find these figures useful to keep in mind.
L'article de Krugman en question:
As health care reform nears the finish line, there is much wailing and rending of garments among conservatives. And I’m not just talking about the tea partiers. Even calmer conservatives have been issuing dire warnings that Obamacare will turn America into a European-style social democracy. And everyone knows that Europe has lost all its economic dynamism.
trange to say, however, what everyone knows isn’t true. Europe has its economic troubles; who doesn’t? But the story you hear all the time — of a stagnant economy in which high taxes and generous social benefits have undermined incentives, stalling growth and innovation — bears little resemblance to the surprisingly positive facts. The real lesson from Europe is actually the opposite of what conservatives claim: Europe is an economic success, and that success shows that social democracy works.
Actually, Europe’s economic success should be obvious even without statistics. For those Americans who have visited Paris: did it look poor and backward? What about Frankfurt or London? You should always bear in mind that when the question is which to believe — official economic statistics or your own lying eyes — the eyes have it.
In any case, the statistics confirm what the eyes see.
It’s true that the U.S. economy has grown faster than that of Europe for the past generation. Since 1980 — when our politics took a sharp turn to the right, while Europe’s didn’t — America’s real G.D.P. has grown, on average, 3 percent per year. Meanwhile, the E.U. 15 — the bloc of 15 countries that were members of the European Union before it was enlarged to include a number of former Communist nations — has grown only 2.2 percent a year. America rules!
Or maybe not. All this really says is that we’ve had faster population growth. Since 1980, per capita real G.D.P. — which is what matters for living standards — has risen at about the same rate in America and in the E.U. 15: 1.95 percent a year here; 1.83 percent there.
What about technology? In the late 1990s you could argue that the revolution in information technology was passing Europe by. But Europe has since caught up in many ways. Broadband, in particular, is just about as widespread in Europe as it is in the United States, and it’s much faster and cheaper.
And what about jobs? Here America arguably does better: European unemployment rates are usually substantially higher than the rate here, and the employed fraction of the population lower. But if your vision is of millions of prime-working-age adults sitting idle, living on the dole, think again. In 2008, 80 percent of adults aged 25 to 54 in the E.U. 15 were employed (and 83 percent in France). That’s about the same as in the United States. Europeans are less likely than we are to work when young or old, but is that entirely a bad thing?
And Europeans are quite productive, too: they work fewer hours, but output per hour in France and Germany is close to U.S. levels.
The point isn’t that Europe is utopia. Like the United States, it’s having trouble grappling with the current financial crisis. Like the United States, Europe’s big nations face serious long-run fiscal issues — and like some individual U.S. states, some European countries are teetering on the edge of fiscal crisis. (Sacramento is now the Athens of America — in a bad way.) But taking the longer view, the European economy works; it grows; it’s as dynamic, all in all, as our own.
So why do we get such a different picture from many pundits? Because according to the prevailing economic dogma in this country — and I’m talking here about many Democrats as well as essentially all Republicans — European-style social democracy should be an utter disaster. And people tend to see what they want to see.
After all, while reports of Europe’s economic demise are greatly exaggerated, reports of its high taxes and generous benefits aren’t. Taxes in major European nations range from 36 to 44 percent of G.D.P., compared with 28 in the United States. Universal health care is, well, universal. Social expenditure is vastly higher than it is here.
So if there were anything to the economic assumptions that dominate U.S. public discussion — above all, the belief that even modestly higher taxes on the rich and benefits for the less well off would drastically undermine incentives to work, invest and innovate — Europe would be the stagnant, decaying economy of legend. But it isn’t.
Europe is often held up as a cautionary tale, a demonstration that if you try to make the economy less brutal, to take better care of your fellow citizens when they’re down on their luck, you end up killing economic progress. But what European experience actually demonstrates is the opposite: social justice and progress can go hand in hand.
3 thèses pour expliquer ces différences concernant le travail:
La première, due a Blanchard 2004, suggérait que la différence dans le taux de participation et le nombre d'heure travaillées par employé s'expliquait par un choix individuel ou social, les gens en Europe préférant en raison de leur culture, de leur choix, etc,... de travailler moins et avoir plus de temps de loisir. Je pense que ça peut se complémenter avec ce que dit Krugman sur les services publics: en Europe ils sont couvert par l'état.
Après il y avait les gens de Minessotta, Prescott (2004), qui suggéraient que c'était du a la différence des taux d'imposition sur le travail. Puisqu'en Europe les gens sont taxés plus fortement sur leur salaire, ils décident de travailler moins. Donc ces préférences entre choix seraient largement induit par des distortions du système institutionnel.
La troisième thèse est celle de Alesina, Glaeser et Sacerdote, dont parle Krugman dans l'article de 2005. Leur thèse est que cette différence est largement due aux institutions du marché du travail et à la façon dont l'adaptation se fit depuis la crises du pétrole dans les années 70: les politiques de "partager le travail", des préretraites,etc... ce qui eu des effets durables sur la productivité.
La France et les Etats-Unis: des choix de société différents.
French Family Values, 2005:
Americans tend to believe that we do everything better than anyone else. That belief makes it hard for us to learn from others. For example, I've found that many people refuse to believe that Europe has anything to teach us about health care policy. After all, they say, how can Europeans be good at health care when their economies are such failures?
Now, there's no reason a country can't have both an excellent health care system and a troubled economy (or vice versa). But are European economies really doing that badly?
The answer is no. Americans are doing a lot of strutting these days, but a head-to-head comparison between the economies of the United States and Europe - France, in particular - shows that the big difference is in priorities, not performance. We're talking about two highly productive societies that have made a different tradeoff between work and family time. And there's a lot to be said for the French choice.
First things first: given all the bad-mouthing the French receive, you may be surprised that I describe their society as "productive." Yet according to the Organization for Economic Cooperation and Development, productivity in France - G.D.P. per hour worked - is actually a bit higher than in the United States.
It's true that France's G.D.P. per person is well below that of the United States. But that's because French workers spend more time with their families.
O.K., I'm oversimplifying a bit. There are several reasons why the French put in fewer hours of work per capita than we do. One is that some of the French would like to work, but can't: France's unemployment rate, which tends to run about four percentage points higher than the U.S. rate, is a real problem. Another is that many French citizens retire early. But the main story is that full-time French workers work shorter weeks and take more vacations than full-time American workers.
The point is that to the extent that the French have less income than we do, it's mainly a matter of choice. And to see the consequences of that choice, let's ask how the situation of a typical middle-class family in France compares with that of its American counterpart.
The French family, without question, has lower disposable income. This translates into lower personal consumption: a smaller car, a smaller house, less eating out.
But there are compensations for this lower level of consumption. Because French schools are good across the country, the French family doesn't have to worry as much about getting its children into a good school district. Nor does the French family, with guaranteed access to excellent health care, have to worry about losing health insurance or being driven into bankruptcy by medical bills.
Perhaps even more important, however, the members of that French family are compensated for their lower income with much more time together. Fully employed French workers average about seven weeks of paid vacation a year. In America, that figure is less than four.
So which society has made the better choice?
I've been looking at a new study of international differences in working hours by Alberto Alesina and Edward Glaeser, at Harvard, and Bruce Sacerdote, at Dartmouth. The study's main point is that differences in government regulations, rather than culture (or taxes), explain why Europeans work less than Americans.
But the study also suggests that in this case, government regulations actually allow people to make a desirable tradeoff - to modestly lower income in return for more time with friends and family - the kind of deal an individual would find hard to negotiate. The authors write: "It is hard to obtain more vacation for yourself from your employer and even harder, if you do, to coordinate with all your friends to get the same deal and go on vacation together."
And they even offer some statistical evidence that working fewer hours makes Europeans happier, despite the loss of potential income.
It's not a definitive result, and as they note, the whole subject is "politically charged." But let me make an observation: some of that political charge seems to have the wrong sign.
American conservatives despise European welfare states like France. Yet many of them stress the importance of "family values." And whatever else you may say about French economic policies, they seem extremely supportive of the family as an institution. Senator Rick Santorum, are you reading this?
lundi 7 septembre 2009
Religion Catholique et Economie
Le Pape Benoît XVI a publié hier (article datant de qq mois) une encyclique économique et sociale juste avant le G8 qui se réunit aujourd’hui en Italie. Cela tombe bien. Alors, ce n’est pas exactement un texte sur la crise, mais sa publication, prévue en 2007, a été retardée pour tenir compte de la crise. Il faut savoir que les papes ne « sortent » une encyclique sociale que rarement. Il y en a eu une très célèbre, Rerum novarum, en 1891, en pleine révolution industrielle, une autre en 1931 deux ans après la crise de 1929, une autre en 1967, après les décolonisations et enfin en 1991 après la chute du communisme.
Pourquoi parler de ce texte de 2009 ? Parce que si les idées de l’Eglise catholique sur les questions de sexualité sont très connues – et très discutées -, on ignore qu’elle a un discours assez décapant sur l’économie. C’est probablement elle qui a un des discours, au niveau planétaire, les plus critiques, les plus méfiants, sur une certaine forme de libéralisme. Il y a vingt ans, une polémique était même née parce que Jean-Paul II avait mis à égalité l’ultralibéralisme et le communisme. Ce qui est sûr, c’est que l’Eglise avait averti des risques des déséquilibres financiers.
Que dit ce texte de nouveau ? Le message n’est pas révolutionnaire : c’est, l’homme est le premier capital à sauvegarder et à valoriser. Mais le message est quand même clair : sont montrées du doigt la spéculation, la gestion à court terme des entreprises, la corruption dans certains pays, les délocalisations ou le pillage des ressources naturelles.
Cela dit, Benoît XVI ne condamne pas l’économie de marché ou la mondialisation, auxquelles il reconnaît des vertus. Il ne défend pas du tout non plus l’idée de décroissance ou de croissance zéro, ce serait contraire au progrès technique. Mais il pousse tout ce qui ressemble à des contre-pouvoirs, les Etats, les syndicats, les associations de consommateurs. Au total, c’est un appel à l’éthique individuelle, collective, et à des nouvelles régulations.
Il y a des similitudes avec les débats du G8. L’objectif de ce texte n’est pas seulement de s’adresser aux milliards de catholiques. Ce n’est pas non plus de faire un catalogue de bonnes intentions gentillettes. Cet appel à l’éthique, aux normes, arrive au moment où les dirigeants politiques se retrouvent en Italie, ce soir, pour évoquer les promesses de réforme qu’ils ont faites au G20 de Londres.
Et là, le pape va tout à fait dans le sens des pays émergents, qui ne veulent plus entendre parler du G8, le club des pays riches, ils veulent s’asseoir à leur table de discussion. En fait, le pape va même plus loin puisqu’il voudrait encore élargir la table pour que les pays les plus pauvres aient la parole. Sa proposition : une Autorité politique et économique mondiale autour de l’ONU. Là, c’est une chimère.
En France, quel écho auront ces propositions économiques ? Peu. D’abord parce qu’on ne parle de ce que dit le Vatican que quand il fait scandale. Ensuite, autant ces idées économiques critiques étaient regardées bizarrement il y a cinq ans, autant elles font consensus aujourd’hui. Enfin, dans les milieux d’affaires, il n’y a pas vraiment de lobby, de réseau des catholiques, ils préfèrent la discrétion à la démonstration.
jeudi 30 avril 2009
"Google nous rend-il stupide ?"
Lien:http://www.ecrans.fr/La-pensee-eparpillee-par-la-Toile,7052.html
Google nous rend-il stupide ? » L’article publié dans la revue The Altantic en juillet-août 2008, a fait débat. Au-delà du titre provocateur, son auteur, Nicholas Carr, aussi blogueur, décrivait comment il avait le sentiment que l’usage intensif d’Internet avait transformé son cerveau, particulièrement sa manière de lire. L’ancien rédacteur en chef de l’Harvard Business Review prépare un livre sur les conséquences intellectuelles et sociales d’Internet. S’il lui reconnaît de nombreux avantages, il incite à être vigilant par rapport à ce que cette révolution implique sur nos comportements.
Pourquoi votre article a-t-il eu un tel retentissement ?
Les changements intellectuels que je décris sonnent juste pour beaucoup de gens. Ils ont senti, comme moi, que plus ils utilisent Internet, moins ils sont en mesure de s’asseoir et de lire ou de penser profondément. Leur capacité de concentration s’effiloche. Dans mon cas, au bout de deux ou trois pages, je m’agite et je cherche autre chose à faire. Par ailleurs, Internet a toujours été l’objet de débats sur le rôle des technologies dans nos vies et sur la nature du progrès. Le Net a encouragé des visions utopistes chez certains et des visions dystopistes chez d’autres. J’ai suscité de vives réactions de la part des deux camps.
La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte selon vous. Comment l’expliquez-vous ?
Au cours des dernières décennies, les neurologues ont découvert que le cerveau des primates, y compris les humains, est caractérisé par un degré élevé de neuroplasticité. Nos circuits neuronaux s’adaptent facilement aux nouvelles situations, l’usage des nouvelles technologies en fait partie. Ce que le Net produit, c’est une modification de nos esprits pour les rendre plus aptes au traitement de nombreux petits morceaux d’information, rapidement et simultanément. On attend désormais les informations comme elles sont fournies. Comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Mais ce que nous semblons perdre, c’est la capacité pour la lecture profonde, compétence que nous avons acquise quand nos cerveaux se sont adaptés à une autre technologie de l’information, le livre, il y a des centaines d’années. De nombreuses études montrent que l’hypertexte, le multimédia et les interruptions inhérentes au Web rendent plus difficile la concentration, la mémoire à long terme, la compréhension et la synthèse de concepts difficiles. Je pense que toute technologie de l’information, ou média, non seulement restructure notre pensée, mais tend à restructurer nos cerveaux.
Vivons-nous une mutation cognitive ?
Nous expérimentons toujours des mutations cognitives, c’est inhérent au fonctionnement cérébral. Le processus paraît particulièrement intense en raison de notre dépendance croissante à l’égard d’ordinateurs en réseau fournissant des flux d’informations sans précédent. Notre conscience s’amollit et nous commençons à perdre notre profondeur culturelle, en tant qu’individus et en tant que société.
Que craignez-vous ?
A mesure que nous devenons de plus en plus dépendants d’Internet, nous commençons à penser sur les mêmes schèmes, sur les mêmes modèles de fonctionnement. A mesure que nous nous servons des ordinateurs comme intermédiaires de compréhension du monde, je crains que notre propre intelligence ne devienne artificielle.
Paru dans Libération du 28 avril 2009
samedi 21 mars 2009
Jean-Pierre Dupuy, La marque du sacré.(2008)
Le réchauffement climatique aura pour conséquence de déclencher des guerres, qui aggraveront la crise écologique.
Pour Jean-Pierre Dupuy (qui est scientifique et philosophe), il faut « croire au destin pour qu’il ne se réalise pas » :
« Les plus grands scientifiques du moment reconnaissent donc que l'humanité peut recourir à deux types de méthode pour s'éliminer elle-même : la violence intestine, la guerre civile à l'échelle mondiale, mais aussi la destruction du milieu nécessaire à sa survie. Ces deux moyens ne sont évidemment pas indépendants. Les premières manifestations tragiques du réchauffement climatique, ce ne seront pas la montée des océans, les canicules, la fréquence des événements extrêmes, l'assèchement de régions entières, mais bien les conflits et les guerres provoqués par les migrations massives que l'anticipation de ces événements provoquera. Les attendus du prix Nobel de la paix attribué conjointement à Al Gore et au GIEC ont bien mis ce point en exergue.
La destruction de la nature engendre la violence, et réciproquement la violence détruit la nature. Les hommes ne détruisent pas la nature parce qu'ils la haïssent. Ils la détruisent parce que, se haïssant les uns les autres, ils ne prennent pas garde aux tiers que leurs coups assomment au passage. Et la nature figure au premier rang de ces tiers exclus. L'indifférence et l'aveuglement tuent beaucoup plus que la haine.
À noter que les scientifiques mentionnent une autre menace qui pèse sur la survie de l'humanité : la course déchaînée aux technologies avancées et à leur convergence. Il est remarquable que des savants de pointe prennent acte de cette troisième menace. Car c'est précisément de cette course à la technique que le monde attend les moyens de faire face aux autres menaces. Et si le remède se révélait pire que le mal ?
Martin Rees conclut : « Les scientifiques ne devraient pas se dérober à leur devoir de se faire les messagers de mauvaises nouvelles. Ils feraient preuve d'une négligence coupable à se comporter autrement ». »
La marque du sacré (2008)