mardi 30 septembre 2008

Dualité argent et liberté

C'est en historien des idées politiques que l'essayiste analyse la place nouvelle de l'argent dans la société française.

LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Cet été, la plupart des grands hebdomadaires ont fait leur une sur les riches et la richesse. L'importance accordée à l'argent vous paraît-elle nouvelle ?
Jacques JULLIARD. - Pour répondre à cette question, il faut reprendre ce que Péguy écrit dans Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne. Pour lui, la situation faite à l'argent dans le monde moderne est sans précédent. Il rappelle que dans les sociétés préindustrielles les valeurs de l'argent cohabitaient avec celles de l'esprit. Ces valeurs se situaient à des niveaux différents de réalité. En expliquant cela, Péguy ne fait que reprendre la distinction des ordres chère à Pascal. Il y a un ordre de l'argent, qui est l'ordre de la puissance et de la force matérielle ; et il y a un ordre de l'esprit, qui est celui de réalités supérieures. Ce qui caractérise le monde moderne aux yeux de Péguy, c'est l'absorption de toutes les autres formes de valeur par celles de l'argent. « Par un monstrueux affolement de la mécanique, écrit-il, ce qui ne devait servir qu'à l'échange a complètement envahi la valeur à échanger. » À partir de là est né un monde où l'échelle des valeurs n'a pas simplement été bouleversée, mais anéantie. « De là est venue cette immense prostitution du monde moderne... Elle vient de l'argent. Elle vient de cette universelle interchangeabilité. » Pour actualiser les choses, j'ai envie de dire qu'aujourd'hui la prophétie péguyste a pris toute sa dimension. Nous sommes entrés dans une ère nouvelle, où l'ordre de l'argent a fini par être coextensif à tous les autres. Pour avoir eu quelques conversations comme journaliste avec le président de la République, je sais d'ailleurs qu'il ne s'en défend pas. Il revendique cette primauté accordée à l'argent. Il pense qu'il y a des valeurs de l'argent et qu'elles sont capables de représenter toutes les autres. En cela, il est différent de ses prédécesseurs.

Rejoignez-vous le Péguy de L'Argent, lorsqu'il parle de « sabotage » des valeurs de civilisation et accuse la bourgeoisie d'en être l'instigatrice ?

S'il y a eu sabotage, il ne vient pas seulement de la bourgeoisie. Il vient de tous les puissants. Pour que nous en soyons arrivés à cette « immense prostitution du monde moderne » dont parle Péguy, il fallait qu'il y ait des complicités partout. Et pas seulement dans le vieux parti orléaniste, qui est le parti de l'argent. Il y a eu des métastases du côté de la droite extrême et traditionnelle, mais aussi du côté de la gauche. Il y a une idée qui traverse tout ce que j'ai écrit, et que je partage avec Georges Sorel, c'est qu'il y a consanguinité des valeurs du christianisme, de l'aristocratie et du monde ouvrier. Le christianisme a prêché la charité, l'aristocratie, l'honneur et le socialisme, la solidarité : toujours des valeurs antimonétaires. Ceux qui les ont portées n'étaient pas animés par une haine aveugle de l'argent mais par le refus de voir l'argent prendre une place qui n'est pas la sienne. Il faut croire qu'ils sont de moins en moins nombreux, à droite comme à gauche.

Toute critique de l'argent est-elle condamnée à charrier l'équivoque, ainsi que vous le reprochait naguère François Furet ?

François Furet m'a reproché de ne pas voir que l'argent et la démocratie allaient historiquement de pair. « Les sociétés de liberté, m'a-t-il expliqué, sont des sociétés qui ont été fondées sur l'argent. » C'est l'argent qui a libéré le paysan attaché à sa glèbe, l'ouvrier à son atelier et la femme à son foyer. Ainsi l'argent, dont on a pu dire, et dont on doit pouvoir dire tout le mal possible, est-il le fondement irréductible d'une société de liberté. Dans les utopies où l'argent est aboli, comme celle de Thomas More, les libertés sont supprimées. François Furet avait raison contre un certain passéisme et même contre Péguy. Dans la tradition du grand libéralisme économique, on doit constater que l'argent permet les échanges marchands. Aussi longtemps que l'argent se tient dans son propre domaine, celui du commerce, il est un facteur de liberté. On peut cependant objecter que le jour où les critères de la rationalité économique s'étendent à tous les secteurs - l'art, l'éducation, la culture, le jeu, les sentiments -, la société devient irrespirable. Le problème qui est posé par le triomphe de l'argent, c'est la destruction du stock de valeurs précapitalistes sur lequel continuent à être fondées les sociétés. On ne meurt pas pour un taux de croissance, il faut à une société des valeurs qui donnent aux individus des raisons de vivre. Or notre stock de valeurs sera bientôt dans le même état que les ressources pétrolières : au bord de l'épuisement.

Vous apparaît-il possible de proposer une sortie de secours à cette crise en valorisant une anthropologie de l'échange non marchand ?

Il y a dix ans, je vous aurais répondu non. Mais aujourd'hui, je suis forcé de constater que la plupart des mouvements qui cherchent une solution à la crise sont antimarchands. Pour l'historien, c'est un paradoxe : nous assistons à la fois à un mouvement de mercantilisation du monde émergent, en Chine, en Inde, au Brésil, et à une critique de la mercantilisation des activités humaines dans les pays développés. Il y a quelque chose d'utopique et parfois d'archaïque dans tous ces mouvements, mais il y a aussi la redécouverte de la possibilité d'un monde dans lequel l'échange ne serait pas purement commercial. Ces mouvements à contre-courant sont de natures extrêmement diverses. Ils englobent à la fois les JMJ portées par les valeurs antimonétaires du christianisme et la nébuleuse altermondialiste et sa critique gauchiste de l'argent. Mais ne nous dissimulons pas que nous sommes encore dans la période d'américanisation de la société, ne serait-ce que parce que la France est en retard dans ce mouvement de mercantilisation des activités humaines par rapport à l'Angleterre, l'Allemagne ou les pays scandinaves.



Je remercie le blog Hansen-love pour le lien vers cet article du Figaro.


mercredi 24 septembre 2008

Edito sur le Fichier EDVIGE

Comme l’a fait remarqué Mlle PSALTOPOULOS, nous n’avions pas encore parlé du fichier EDVIGE (Exploitation Documentaire et Valorisation de l’Information GEnérale) jusqu’alors. Cet article répond donc à ce manque.

Contrairement à ce qu’aurais voulu notre lectrice, je ne me pencherais pas précisément sur le fichier EDVIGE en lui-même, pour la (bonne et) simple raison qu’il reprend avec ou sans modification un fichier des RG (Renseignements Généraux), Service qui a été fusionné en juillet 2008 avec le DST Direction de la Surveillance du Territoire. Or ce fichier étant existant auparavant, le fait qu’il passe des Services Secrets aux services de police permettra un meilleur suivi et une plus grande transparence. Et si certains éléments sont rajoutés par rapport au fichier secret, il sera alors accessible à tous.
Pour les septiques, je vous rappelle que vous pouvez à tout moment demander l’ensemble des données vous concernant (s’il existe un tel fichier sur vous) auprès de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés).
Certes les informations relatives à la sexualité où à la santé sont dérangeante du point de vue des libertés individuelles, mais je me permet de vous poser une question.
"Penser vous que vos libertés seront mieux préservées si les informations qui sont collectées sur vous sont tenus par les Services Secrets ou par la police ?" Je pense personnelement que la transparence sera plus importante si ces fichiers ne sont plus secrets. Mais mon avis n'importe guère, et le but de cet article n'est pas de vous convaincre, mais d'introduire l'article suivant sur la démagogie.

C’est sur cette liste non-exhaustive de raisons que je me base pour me permettre de ne pas traiter plus précisément du fichier EDVIGE.

PS de dernière minute, au 24/09 :
D’après le Figaro : Le fichier policier Edvige change de contenu et de nom. Selon la dernière mouture du décret, que s’est procurée France Info, Edvige devient désormais Edvirsp (Exploitation documentaire et valorisation de l’information relative à la sécurité publique).


Nous vivons, nous voyons, nous croyons ... ANALYSONS

De la démagogie politicienne

Je vais néanmoins utiliser cette polémique autour du fichier EDVIGE comme support pour réfléchir sur un sujet qui me parait encore plus important … LA DEMAGOGIE.

Vous l’avez surement remarqué, le fichier EDVIGE est apparu dans les médias début septembre. Son apparition réelle date pourtant du 1er juillet, mais à ce moment là, les vacances estivales ayant raison de la politique, la critique était plus rare.
A partir de septembre, l’opposition politique au gouvernement en place apparait -prenant le relais (et effaçant ainsi médiatiquement) les précurseurs de l’opposition sur ce dossier- François BAYROU en tête, suivi par l’opposition en général (Parti Socialiste, et la plupart des partis minoritaires). Cette opposition m’apparait fort choquante, et ce pour plusieurs raisons.

Je n’irai pas blâmer F. BAYROU, car il fut l’un des plus fervents acteurs de ce sujet, mais je critique par contre les personnes qui l’ont suivi dans le but de profiter de l’ouverture (et de la couverture) médiatique autour de ce sujet. Cependant, il nous ai impossible de savoir quels politiciens ont agis par conviction ou par contradiction.
Mais la plus vive critique que j’adresse va à l’encontre de N. SARKOZY qui, dans le but de calmer la polémique, à fait remanier le contenu du fichier et l’a ainsi dénaturé. Le reproche que je fais ne réside pas dans le changement du fichier, mais dans le manque de concertation avec les partenaires politiques, sociaux et milieux de la sécurité, ainsi que dans le « retournement de veste » purement démagogique.
Je voudrais également montré dans cet article un petit détail qui vous a peut-être échappé, l’intervention de H. MORIN (Ministre de la Défense et président du Nouveau Centre) qui a déclaré son opposition à ce projet non pas au sein d’un conseil des ministres, mais lors d’un Congrès du Nouveau Centre, et cela dans le seul but d’attirer les médias vers lui et vers son parti.


Nous vivons, nous voyons, nous croyons ... ANALYSONS

mardi 16 septembre 2008

Our Body/ à corps ouvert













"OUR BODY / À CORPS OUVERT est une exposition fascinante, à la fois artistique et éducative, qui montre de véritables corps et organes humains. Destinée à tous, cette exposition va littéralement «sous la peau», et révèle les mystères de l’anatomie de l’homme.
Plutôt que d’utiliser des modèles anatomiques, OUR BODY / À CORPS OUVERT présente de véritables corps humains pour permettre au public le plus large de voir ce qu’en principe seuls les médecins et les anatomistes sont capables d’étudier : c’est l’expérience de toute une vie. Le but d’OUR BODY / À CORPS OUVERT est que les visiteurs partent avec une meilleure connaissance de l’anatomie, des fonctions du corps, et une meilleure appréciation de leur santé."
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C'est vrai! Je connais mieux mon anatomie!
Le physique de l'homme est, comme tout être vivant->animal->mammifère, un "morceau de viande":des muscles lisses et secs, rappelant le jambon cru séchant dans la cave, des foies qui me
rappellent ce délicieux plat qu'est le foie gras.
Ainsi cette exposition n'est qu'un musée ou l'on
expose un animal: l'homme.
Mais comment se fait-il qu'un animal fasse une exposition sur lui-même ?
Avons-nous déjà vu un lion visité une exposition ou l'on trouve des corps séchés de son espèce ?

Non et ici apparaît la particularité de l'homme qui n'est pas "qu'un animal". Il se questionne sur ce qu'il est, sur ce qu'il désire, sur ces aspirations, sur son utilité.

Alors ou se trouve cette raison ? cette capacité de penser, d'aimer, de savoir que l'on est et de savoir que l'on a ce savoir ?
Dans "le monde des idées" de Platon ?
Dans le royaume de Dieu pour les chrétiens ?

Et si la mondialisation serait aussi cela:

Un thonier breton attaqué par des pirates somaliens au lance-roquettes