Le temps des pétasses (Nouvelles mythologies)
"Triomphe mondial de la pétasse: avec ses attributs exposés jusqu'à l'outrance, celle-ci l'emporte au moment où le macho, soulignant ses emblèmes phalliques, décline. Le mot lui-même avec sa finale péjorative et scatologique témoigne de notre ambivalence à l'égard du phénomène: comme si un peu de la réprobation attachée aux prostituées s'était transféré sur leurs parodies mondaines. Nous leur en voulons de nous attirer à si peu de frais et pourtant nous ne pouvons détacher nos yeux de leur chair étalée.Il est paradoxal que les femmes, ayant conquis leur indépendance, se constituent ainsi en objets purement érotiques. Le diktat de l'explicite signifie d'abord la fin de l'intimité: il s'agit d'afficher son pedigree libidinal en public. Comme si le pire ennemi aujourd'hui n'était pas le puritanisme mais l'anonymat, comme si les êtres étaient prêts à tout pour exister socialement: à se déshabiller moralement à la télévision, réellement dans la vie ordinaire. La sexualité a été moins libérée qu'intégrée aux normes d'évaluation des individus. Car, pour celle qui le porte, cet accoutrement signifie d'abord. je suis dans le coup, sur le chapitre des promesses érotiques vous ne me prendrez jamais en défaut. La pétasse conjoint les deux modèles de l'adolescente et de l'aguicheuse: jeunesse et expertise. Elle sous-entend prouesses d'alcôve, distribution de plaisir illimité. Il y a quelques années, un magazine féminin affichait en couverture : «Êtes-vous une salope? » L'étonnement venait non seulement du titre racoleur, mais des réponses apportées par les rédactrices du journal en question : chacune revendiquait fièrement ce titre, se définissait comme la dernière des traînées, la reine des catins, la cochonne absolue. Il faut en convenir : le sexe est devenu le dernier snobisme, celui auquel chacun doit souscrire sous peine de mort sociale. L'internationale des pétasses a d'ailleurs ses icônes: Britney Spears, Paris Hilton, chipies dépoitraillées porteuses d'une sous-culture de la féminité agressive". La nouvelle Eve
Pascal Bruckner
vendredi 10 octobre 2008
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2 commentaires:
Et bien, tu l'aimes tant que ça ce texte que tu le mets en plusieurs exemplaires ?! J'avoue que le sujet du texte est déroutant, en matière d'"actualité" plutôt "original", mais surtout vulgaire ...
Bonne continuation tout de même !
Oui c'est vulgaire et c'est délibéré.
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