mercredi 22 octobre 2008

Le monde en précipitation chimique ( Bernard Guetta, Libé)

Rouge, vert, bleu, camaïeux grondants, comme dans une éprouvette, il passe par toutes les couleurs possibles. Le monde est en précipitation chimique et nul ne saurait dire, avant longtemps, ni quand il se stabilisera ni à quoi il ressemblera, tempête passée. Toute prévision est hasardeuse car la crise financière et la récession qu’elle annonce modifient la donne de semaine en semaine, confondant le court, le moyen et le long terme dans une complète incertitude sur à peu près tout.

Prenons le recul des cours pétroliers. Lors de la crise géorgienne encore, leur hausse semblait avoir assuré le retour de la Russie, en avoir refait une puissance incontournable qui avait désormais les moyens de ne plus se laisser marcher sur les pieds. Il allait, à nouveau, falloir compter avec une Russie aux coffres pleins mais, soudain, ses capitaux la fuient et ses rentrées s’amenuisent au point que la popularité de ses dirigeants se réduit d’un sondage à l’autre et qu’elle devra faire des choix, drastiques, entre son budget militaire et le soutien qu’elle doit maintenant apporter à ses banques et son industrie.

En deux mois, la renaissance de la Russie s’est considérablement relativisée mais, baisse des cours ou pas, ses réserves énergétiques demeurent essentielles au monde et avant tout à l’Europe. Entre ces deux réalités, le destin russe hésite. La Russie peut choisir de tabler sur l’accélération du recul américain, de forcer son avantage en ignorant ses difficultés du moment, ou bien de les prendre en compte, au contraire, d’arrondir les angles et de chercher, plus que jamais, à trouver une entente avec l’Union européenne. On en débat au Kremlin. Tout va bien trop vite pour que les décisions y soient prises et le tableau est étonnamment semblable dans un autre pays, l’Iran, dont l’évolution intérieure sera tout aussi décisive pour la stabilité internationale.

A Téhéran aussi le retournement du marché pétrolier rebat les cartes. Le président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, l’illuminé qui veut rayer Israël de la carte et renverser, surtout, le rapport de forces entre les branches chiite et sunnite de l’Islam, se retrouve dos au mur car il avait fondé sa politique économique sur l’envolée des cours énergétiques. Non seulement l’inflation est en passe d’échapper à tout contrôle mais le mécontentement social est tel que les marchands des bazars, ces piliers du régime islamique, ces tombeurs du Chah, viennent d’obliger le gouvernement à suspendre l’introduction d’une TVA en abaissant leurs rideaux, huit jours durant.

Parallèlement, une fronde monte, au Parlement où tous les adversaires du chef de l’Etat, réalistes et réformateurs ensemble, exigent le départ de deux de ses plus proches ministres. A huit mois de la prochaine présidentielle, l’opposition tend à serrer les rangs. Elle pourrait même s’unir derrière une grande figure réformatrice, l’ancien président Khatami, mais on ne sait pas toujours pas si le Guide suprême lui laissera la possibilité de se présenter. Chef de la superstructure cléricale du régime, le Guide balance entre deux options - favoriser une reconduction d’Ahmadinejad en pariant que l’Amérique ne serait plus en état d’empêcher l’Iran d’accéder à la bombe ou considérer, à l’inverse, que l’Iran n’a plus les moyens de ses ambitions et qu’il faut lui donner un nouveau président, apte à trouver avec les Etats-Unis le compromis dont l’élection d’Obama offrirait l’occasion.

Comme la Russie, l’Iran se cherche, au jour le jour, et prenons, maintenant, troisième exemple, la récession mondiale qui s’installe. De tous ses effets, le plus spectaculaire est le recul de la croissance chinoise. Il devait arriver. Il était prévu depuis le début de l’année mais le rétrécissement de la demande américaine pourrait bientôt transformer en crash ce qui ne devait être qu’une pause nécessaire. Dans un pays dépourvu d’amortisseurs sociaux, un brutal ralentissement de l’activité pourrait vite provoquer de graves tensions politiques. L’irrésistible Chine est peut-être à la veille de vraies difficultés intérieures. Non seulement cela pourrait remettre en question des modifications des rapports de force internationaux qui semblaient inéluctables il y a encore peu mais le régime chinois pourrait alors être conduit à se défaire, à n’importe quel prix, de ses bonds du Trésor américain. Si l’on devait en arriver là, la crise financière connaîtrait un rebond ravageur auquel il serait difficile de faire face.

Cette crise jugulée, ses répliques sont à venir, elles seront toutes incertaines et leur interaction le sera plus encore. Dans un tel contexte, l’alternative est simple - un emballement général des tensions ou la négociation de ce «nouvel ordre économique international» auquel l’Europe appelle. Il est encore temps de choisir.

Bernard Guetta est membre du conseil de surveillance de Libération.

mardi 21 octobre 2008

Soeur Emmanuelle une grande (petite) femme.


« Acharnons-nous pour que l'Homme soit partout respecté »

«On ne possède pas le bonheur comme une acquisition définitive. Il s'agit à chaque instant de faire jaillir une étincelle de joie. Ne l'oublions pas : "Souris au monde et le monde te sourira."»

«Partout et toujours, cherche sans te lasser le remède qui soulage, sème l'espoir : ça vivifie et ton amour peut faire des miracles.»

Nous pouvons penser à cette dame, sans être bloqué par son engagement religieux, à son combat pour la dignité humaine.
(en pleine tourmente financière, peux-être cela nous permet de penser à autre chose que nos comptes en banques?)

"No zob in job" Polémique

Puritanisme américain ou ouverte d'esprit (et de braguette) française: "No Zob in Job!"*


« No zob in job », tel est le vieux principe que Dominique Strauss-Kahn aurait peut-être dû garder à l'esprit. De fait, si les Français sont moins puritains que les Anglo-Saxons et apprécient les « bons vivants », il n’en reste pas moins que la fameuse « promotion au mérite » chère à notre République n’est pas censée être une « promotion canapé ».


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En ce qui concerne les relations sexuelles entre pairs, elles sont finalement plutôt bien acceptées en général… et ce d’autant plus que le management est généralement très incohérent sur la question.

En effet, la ligne officielle est souvent que les relations doivent être professionnelles et non personnelles ; mais lorsque votre travail vous éloigne, pour un séminaire –avec alcool gratuit-, de votre partenaire pour vous plonger, malgré vous, dans le même hôtel que votre collègue que vous appréciez tant, pas étonnant que vous expérimentiez alors des nouvelles pratiques comme en témoigne un jeune cadre d’une grande entreprise :

« On s’est retrouvé le soir dans le jaccuzzi avec une charmante collègue, j’ai fait un cuni en apnée, c’était irréel. Un n+2 nous a grillé mais ça l’a plutôt fait rire. »

Le nombre de couples formés au bureau est extrêmement élevé; normal puisque c’est le lieu où vous passez le plus de temps. C’est aussi l’endroit où l’on observe le plus de liaisons : en moyenne, une par tranche de sept ans d’ancienneté dans une entreprise d’après Loïk Roche dans « Cupidon au travail » (2006).

Les petites entreprises d'artisanat tenues par des couples

La politique est cependant différente d’une entreprise à l’autre. Certains (Ernst & Young par exemple) pensent qu’il suffit que les protagonistes ne travaillent pas sur les mêmes projets, d’autres (PricewaterhouseCoopers) évaluent au cas par cas pour limiter les conflits. Enfin, la plupart des très petites entreprises d’artisanat sont tenues par des couples… qui ne l’étaient pas forcément au départ. Par contre, l’unanimité se fait pour condamner les liens entre différents niveaux hiérarchiques. D’autant qu’il sera alors impossible alors de faire la part entre :

  • Les cas d’amour (et de sexe) le vrai le pur (juste pour le plaisir partagé)
  • Les cas de harcèlements sexuels plus ou moins prononcés et visibles et dont les auteurs sont plus ou moins conscients de la gravité (le harceleur se rend-il toujours compte que sa persévérance à inviter sa secrétaire au restaurant la met mal à l’aise ?)
  • Et enfin des cas de corruption ou de promotion canapé pro-active.

La corruption sexuelle ne laisse pas de traces matérielles...

Comme l’explique Etienne Liebig dans son remarquable petit ouvrage « Osez coucher pour réussir », publié aux éditions « La musardine » :

« Dans le cas qui nous occupe, c’est à dire séduire un supérieur hiérarchique à des fins promotionnelles, la législation est plus que floue. »

En effet, la loi définit la corruption comme « une pratique illicite visant à obtenir d’un personnage possédant un pouvoir un avantage moyennant un autre avantage ou une somme d’argent ». Pour Etienne Liebig :

« Le terme 'avantage' peut recouvrir l’idée d’offre sexuelle en échange d’un service mais on ne retrouve plus cette acception au long de l’énoncé des textes de lois en vigueur concernant la corruption. »

Encourageant, l’auteur insiste : « Par ailleurs, si la corruption financière laisse la trace de sa transaction, la corruption sexuelle ne laisse pas de trace matérielle probante (si l’on excepte la fameuse tâche sur la veste de Bill Clinton). »

Autrement dit, et c’est bien toute la difficulté de notre cher DSK, il est impossible de savoir s’il a abusé de sa position dominante, s’ils avaient tous les deux envie de tester le couloir gauche du troisième étage pour un quickie, ou si Piroska Nagy espérait gagner quelques échelons ou soutirer des secrets d’Etat.

Finalement, si au lieu d’ennuyeux séminaires obligatoires, les entreprises organisaient de joyeuses partouzes facultatives avec autorisation d’amener sa/son partenaire, les volontaires pourraient s’en donner à cœur joie sans risque de froisser personne, en toute transparence.


Source: La rue 89.

vendredi 10 octobre 2008

Le temps des pétasses (nouvelles mythologie

Le temps des pétasses (Nouvelles mythologies)

"Triomphe mondial de la pétasse: avec ses attributs exposés jusqu'à l'outrance, celle-ci l'emporte au moment où le macho, soulignant ses emblèmes phalliques, décline. Le mot lui-même avec sa finale péjorative et scatologique témoigne de notre ambivalence à l'égard du phénomène: comme si un peu de la réprobation attachée aux prostituées s'était transféré sur leurs parodies mondaines. Nous leur en voulons de nous attirer à si peu de frais et pourtant nous ne pouvons détacher nos yeux de leur chair étalée.Il est paradoxal que les femmes, ayant conquis leur indépendance, se constituent ainsi en objets purement érotiques. Le diktat de l'explicite signifie d'abord la fin de l'intimité: il s'agit d'afficher son pedigree libidinal en public. Comme si le pire ennemi aujourd'hui n'était pas le puritanisme mais l'anonymat, comme si les êtres étaient prêts à tout pour exister socialement: à se déshabiller moralement à la télévision, réellement dans la vie ordinaire. La sexualité a été moins libérée qu'intégrée aux normes d'évaluation des individus. Car, pour celle qui le porte, cet accoutrement signifie d'abord. je suis dans le coup, sur le chapitre des promesses érotiques vous ne me prendrez jamais en défaut. La pétasse conjoint les deux modèles de l'adolescente et de l'aguicheuse: jeunesse et expertise. Elle sous-entend prouesses d'alcôve, distribution de plaisir illimité. Il y a quelques années, un magazine féminin affichait en couverture : «Êtes-vous une salope? » L'étonnement venait non seulement du titre racoleur, mais des réponses apportées par les rédactrices du journal en question : chacune revendiquait fièrement ce titre, se définissait comme la dernière des traînées, la reine des catins, la cochonne absolue. Il faut en convenir : le sexe est devenu le dernier snobisme, celui auquel chacun doit souscrire sous peine de mort sociale. L'internationale des pétasses a d'ailleurs ses icônes: Britney Spears, Paris Hilton, chipies dépoitraillées porteuses d'une sous-culture de la féminité agressive". La nouvelle Eve
Pascal Bruckner

jeudi 9 octobre 2008

"Crise" ? Où ca ?

(Titre de l'article faisant référence à l'article "Récession ? Où ca ?" de Libération du 3/10)

Sommes nous en crise ?
A cette question, la réponse semble évidente … OUI
Les politiques menées ont-elles échouées ?
Ici encore, la réponse semble être … OUI
Ces réponses sont elles vraies ? … Pas nécessairement

Je ne sais pas si certain(e)s d’entre vous ont regardé « C dans l’air » (France 5) du mercredi 8 octobre qui parlait de ce sujet, avec un point de vue intéressant.Je vais tenter d’apporter une vision nouvelle sur cet évènement majeur.
La crise actuelle est bien. Mais elle n’est pour le moment que financière (cad qu’elle chamboule principalement la bourse). En effet, pour le moment cette crise n’est pas devenue une « crise économique », c'est-à-dire qu’il n’y a pas encore eu de licenciements massifs, ou de forte récession. Cependant, cela pourrait venir. En effet, si les gouvernements continuent à dépenser l’argent du contribuable pour racheter les ‘mauvais titres’ des banques, alors cela réduit considérablement ses marges de manœuvre, et l’argent n’est plus utiliser pour booster l’économie (investissement, subvention, redistribution, … qui entrainent l’économie).De plus, si les banques se rachètent entre elles pour ne pas crouler, elles dépensent ainsi des milliards d’euro qu’elles ne peuvent plus préter (crise sur le marché du prêt : devant le manque de liquidités, les entreprises auront plus de mal à investir et produire). Cependant, la crise la plus grave serait une perte de confiance des gens, ce qui les ferait retirer leur argent des banques, et bloquerait alors toute trésorerie pour les entreprises. Là, la crise serait très grave.

La politique menée est-elle un échec ?
Oui si l’on considère qu’elle avait pour but de stopper la crise financière … MAIS CE N’ETAIT PAS LA BUT.
Elle avait deux objectifs : en enurope, la réunion du G4 avait pour but de montrer une union dans les décisions des pays européens, et là c’est un échec. Aux USA, le plan Paulson à d’abord été rejeté, ce qui était un échec aussi. Mais le but des politiques individuelles des pays (en assurant que les Etats se portent garant des fonds déposé dans les banques) est une réussite. En effet, on ne voit pas de cohue dans les banques pour retirer son argent. Donc LA CRISE a été évitée, ce qui était le but des politiques.

Ce petit article avait simplement pour but de montrer certains points qui sont rarement évoqués dans les médias.
Je vous conseil d’aller voir l’émission C dans l'Air, d’Yves CALVI.


Nous vivons, nous voyons, nous croyons ... ANALYSONS