Une réflexion sur les réseaux sociaux virtuels: A l'ère de l'hypercommunication Descartes aurait eu certainement tort : si le père des Lumières "pensait donc était", les fils d'Internet croient "penser utile donc être utile". Et j'aime vendre mon âme et sacrifier mon temps a ces marchands de peur et d amour. Pourquoi ? Le réseau cyber social compte déjà plus de victimes virtuelles que d'utilisateurs épanouis. Accros des sites de rencontre, sexoliques (ces accros malgré eux au sexe sur le net) fureteurs, otages de la violence dans ce qu'elle a de plus décadent, de l'horreur gratuite, cybercondriaques de la nouvelle époque... Mais aussi de victimes physiques, humaines, réelles : la promotion exacerbée de soi peut facilement conduire a une progressive disparition de l'autre réel de mon champs d'intérêt dans le cyberespace. La toile est ainsi un lieu consacre a son petit être, a sa petite figure, a ses petits tracas. Elle est notre refuge narcissique, où l'internaute qui nous habite ne cesse de courir après son propre reflet. Facebook est, à notre époque, pour notre ego, ce que la source d'eau était a Narcisse. Et a trop s'y contempler on finira bien par s'y noyer, dans cette toile aqueuse aux reflets déformants. D'autres ne suivent pas cette trame narcissique, mais sont intimement désemparés par cette superficialité ambiante, ou se sentent simplement à la masse. Ceux la sont nos martyrs occidentaux, qui pour une cause plus abstraite mais absolue que leurs homologues palestiniens ou irakiens, vont faire sauter la cervelle de leurs camarades d'amphi', comme, entre autres, ce jeune Allemand de 17 ans qui aurait écrit sur un "cyber-forum" avant de passer a l'acte :"J'en ai marre, j'en ai assez de cette vie qui n'a pas de sens. Tous se moquent de moi et personne ne reconnaît mon potentiel, mais j'ai des armes ici, demain matin j'irai à mon ancienne école". "Restez à l'écoute, vous entendrez parler de moi demain. Retenez bien le lieu : Winnenden" (source LeMonde.fr)Certains préfèrent poser le problème sous l'angle a valeur strictement symbolique des Droits Fondamentaux. Ces tièdes défenseurs des libertés virtuelles, ces "poudrières juridiques" (Gerard Haas), ne doivent-ils pas plutôt se poser une question essentielle : quel est mon intérêt, en tant que Homme et Citoyen, a connaitre la valeur légale de mes droits sur Internet ?Droit fondamental, droit tout court, peu importe ! L'essentiel est bien que mes informations DOIVENT rester sous l'influence de ma propre administration et non d un système absorbant.Trou noir de matière personnelle éclatée, Internet fait de moi un acteur sympathiquement engagé, mais incroyablement ignorant de mes droits, du Droit, et confondu dans un océan de données qui m échappent quotidiennement. Je suis transparent, je me vends, et c'est gratuit. Pourtant, "la gratuite n'est PAS la démocratisation", rappelle astucieusement Francoise Benhamou, qui enseigne l'économie a l'université de Paris I (source: Connaissance des Arts, éditorial du mois de Fevrier 2009). Il est temps de nous remettre de notre traumatisme démocratique. "Sort de ce vide de la pensée, couillon de la lutte !" m'a un jour confiée une amie étudiante en droit. Je l'en remercie aujourd'hui. La pensée molle n'aura jamais autant triomphé qu'a l'ère de Facebook. Et son corollaire, la bêtise ambiante, avec. Toute l'énergie populaire a désormais trouvé un outil bien étrange. C'est la carotte et le bâton : à la fois catalyseur de pulsions sociales et "hypertrophiant" de l'esprit d'examen, le net me permet de poster un commentaire ici, une note la, me voila acteur social de mon temps. Mais où est l'action effective dans tout ca ? Miroir, qui est le plus cool des militants ? Voila ma réponse : toi, l'internaute. En vrai, cynique que tu es, tu n es ni impliqué, ni réellement utile, tu es seulement cool et soulagé.Maintenant, mettez cette mélasse dans le four brulant des idées reçues, des préjugés historiques et indécrottables, et Internet vous livrera comme par magie l'extrême inverse de la passivité incrédule : l'hyperréactivité fascisante. Et au cyber-triomphe d'un Kemi Seba, d'un Alain Soral, et même... Des extrêmes en tout genre. Bref, il est facile, sur le net, de s'auto-estampiller "intellectuel français dissident", à la maniere de ce tartuffe de Soral, bien peu en ont la légitimité. L'invention d'Internet est une révolution des mœurs digne de celles de l'imprimerie, de la télévision ou du téléphone. Et comme chacune de ces créations humaines, elle comporte ses services et ses dangers. Mais si l'homme est un animal social, comme le disait formidablement Aristote, il ne doit pas devenir un animal du réseau social pour autant ! Internet doit rester un outil au service du progrès et de la facilitation des échanges, mais aussi de la pensée structurée. Sinon, il n'est qu'une énième machine de contrôle social, d'élan consumériste et de décadence intellectuelle.
Source: Le Monde, rubrique Abonnés, par Alexis-Charles D., Etudiant en 3e annee a Sciences Po Paris
lundi 16 mars 2009
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